Par une nuit d’hiver, un homme, marcheur solitaire frappe à la porte d’une ferme, la dernière, adossée à la montagne, au bout de la route. À l’intérieur, c’est l’économie sévère des gestes, des paroles, des biens, et le deuil. Le père est mort, il y a quelques temps et la fille a été emportée, il y a peu, par une énorme pierre détachée de la paroi rocheuse. L’inconnu cherche un abri contre la rudesse du froid et du labeur pour manger. Alors contre toute attente, Rosine, la mère, accueille l’étranger et lui promet du labeur jusqu’à plus soif. Son parler franc, son énergie inépuisable, son mystère et sa bonté vont, autour de lui, ouvrir les vannes de la vie.
À mesure que chacun s’attache à lui, le secret de son attitude grandit. Pourquoi, lui, si présent quand il s’adresse aux autres, apparaît-il si absent, presque exclu du monde des vivants quand il s’agit de sa vie, de ses désirs ? Cet étranger qui sait redonner goût à la parole et au sourire, d’où vient-il ? Qui est-il ?
Simple comme une tragédie grecque, ample comme un roman, cette première pièce de Giono (1931) déploie une langue incroyable, à la fois concrète et lyrique, une écriture charnue goûtant à pleine bouche l’humus et l’air vif des montagnes.
La scénographie est inspirée des tableaux de Pierre Soulages « outre-noirs » avec sa peau de nuit d’un noir absolu qui vibrera sous la lumière. Car ici, c’est le noir qui révèle la lumière…
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